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Détails du sujet

Facteurs favorisant les avortements chez les femmes en âge de procréer : cas de l’hôpital HEAL AFRICA, de janvier 2025 à janvier 2026


Résumé


Auteur : MAHESHE KABECHI
Niveau: L2
Département: Medecine Humaine
Année Ac: 2025-2026 , | 2026-08-01 17:21:31

Mots clés

Avortement

Intérêt

Sur le plan international, l'étude s'inscrit dans le cadre des Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l'ODD 3 (Bonne santé et bien-être) et l'ODD 5 (Égalité entre les sexes). L'OMS a identifié l'avortement non sécurisé comme l'une des causes évitables de mortalité maternelle les plus importantes. Les lignes directrices de l'OMS de 2022 sur les soins d'avortement insistent sur la nécessité de collecter des données contextuelles pour adapter les interventions.
En Afrique subsaharienne, les études menées au Togo, en Côte d'Ivoire, en Éthiopie et au Ghana confirment que les avortements provoqués sont l'une des principales causes de mortalité maternelle. Au Burkina Faso, une étude sur la qualité des soins après avortement (SAA) a révélé que 82 % des patientes déclaraient avoir reçu un counseling sur l'utilisation d'une méthode de contraception après l'avortement, mais que près d'une patiente sur cinq n'avait reçu aucun counseling. Les structures sanitaires tertiaires avaient un niveau d'offre de counseling plus élevé (98,5 %) que les autres niveaux de soins. Cependant, 12 % des patientes n'avaient reçu aucune méthode contraceptive ou étaient parties sans en choisir une, soit parce qu'elles devaient d'abord informer leur partenaire, soit parce qu'elles n'étaient pas intéressées. Ces « occasions manquées » augmentent les risques de cycles de grossesses non planifiées et d'avortements répétés. Au Cameroun, une étude de 2025 sur le counseling contraceptif post-avortement a montré que les prestataires formés aux soins post-abortum étaient 4,5 fois plus susceptibles de fournir un counseling contraceptif, et ceux formés à la planification familiale étaient 3,8 fois plus susceptibles d'offrir ce counseling. Seulement 33,1 % des prestataires déclaraient fournir des méthodes contraceptives avant la sortie de l'hôpital. Ces données internationales soulignent l'importance de former le personnel et de systématiser le counseling contraceptif post-avortement, des enjeux directement applicables au contexte de HEAL Africa.


En RDC, la décriminalisation partielle de l'avortement en 2018 et les directives du Ministère de la Santé de 2020 ont créé un environnement juridique favorable, mais les données de suivi font défaut. L'enquête PMA de 2024 à Kinshasa a montré que malgré l'évolution légale, plus de la moitié des avortements provoqués restent non sécurisés, et seulement 53 % des femmes ayant avorté ont adopté une méthode contraceptive après l'intervention.
L'étude de l'Institut Guttmacher à Kinshasa (2016) a documenté 146 700 avortements dans la capitale, avec un taux de 56 interruptions pour 1 000 femmes de 15-49 ans. Parmi les patientes en soins après avortement, 56 % ont déclaré avoir utilisé le misoprostol, souvent en combinaison avec d'autres méthodes. Les méthodes clandestines rapportées incluaient la dilatation et curetage (DC), les surdoses de quinine et d'antiparasitaires, l'administration orale et vaginale de misoprostol, l'aspiration intra-utérine manuelle, et des méthodes traditionnelles à base de plantes. Environ la moitié des informateurs indiquaient que l'avortement était parfois provoqué au moyen d'objets tranchants ou pointus (manches de balai, bâtons). Seulement 15 % des patientes avaient reçu une méthode contraceptive avant de quitter la formation sanitaire, et 11 % seulement avaient reçu un médicament analgésique. Cette étude à Goma permettra de comparer les données d'une zone de conflit avec celles de la capitale, de mieux comprendre les obstacles spécifiques à l'accès aux soins d'avortement sécurisé, et de documenter l'impact de la législation sur la pratique clinique réelle. Elle contribuera également à combler le vide documentaire concernant les provinces de l'Est, largement sous-représentées dans la recherche nationale.


À Goma, les données hospitalières à HEAL AFRICA montrent que les complications d'avortement représentent souvent la première ou deuxième cause d'admission en gynécologie d'urgence. Chaque cas évitable qui conduit au décès ou à une invalidité permanente (stérilité, douleurs pelviennes chroniques) constitue une tragédie qui touche des femmes souvent jeunes, parfois encore adolescentes, et leurs familles.
Une étude de Médecins du Monde (2015) sur les déterminants socioculturels des grossesses non désirées et des avortements à Kinshasa a identifié des barrières systémiques récurrentes : la disponibilité limitée des contraceptifs, la stigmatisation de l'utilisation des contraceptifs par les jeunes filles célibataires, la pression familiale pour « sauver l'honneur » en cas de grossesse hors mariage, et le manque d'information sur les méthodes contraceptives modernes. Ces facteurs, bien que documentés à Kinshasa, sont exacerbés à Goma par le contexte de crise humanitaire. Les données de l'UNFPA indiquent qu'en 2024, 145 995 femmes et filles ont adopté des méthodes contraceptives modernes dans les zones d'intervention de l'UNFPA, mais cela reste insuffisant face à l'ampleur des besoins. Le contexte de déplacement massif, d'insécurité alimentaire et de destruction des infrastructures de santé crée des conditions où les femmes sont particulièrement vulnérables. L'étude permettra d'identifier les lacunes spécifiques du système de santé local et de proposer des ajustements concrets.


Pour l'hôpital HEAL AFRICA, cette étude est une opportunité d'améliorer la qualité des soins post-abortum. Elle analysera non seulement les facteurs favorisants, mais également les complications prises en charge et les besoins non satisfaits en matière de planification familiale.
Argument complémentaire : Au Sénégal, une analyse situationnelle de la planification familiale après avortement (2018) a montré que le counseling était la meilleure stratégie pour surmonter les barrières socioculturelles. Sur 5 patientes, en moyenne 4 recevaient un counseling sur l'intérêt de la planification familiale le jour même de la prise en charge. Cependant, seulement 37 % des adolescentes et jeunes (15-24 ans) recevaient ce counseling, soulignant une disparité d'âge critique. Les prestataires sénégalais rapportaient que « les femmes ne comprennent pas pourquoi elles devraient prendre une méthode de planification familiale après les soins après avortement », et que le counseling ciblant les proches (mari, belle-sœur, belle-mère) était essentiel car ces personnes avaient un pouvoir d'influence sur le choix de la femme. Ces enseignements sont directement transposables au contexte de Goma, où les dynamiques familiales et communautaires jouent un rôle déterminant dans les décisions de santé reproductive. Cela permettra à l'équipe médicale de HEAL AFRICA d'ajuster ses protocoles de soins : renforcer le volet counseling contraceptif, systématiser le dépistage des IST, améliorer le soutien psychosocial, et plaider pour la disponibilité continue des kits d'urgence (médicaments, AMIU, sang). Les résultats serviront également à former le personnel sur les nouvelles directives nationales et internationales en matière de soins d'avortement.

Problématique

La problématique de l'avortement s'inscrit dans un écheveau de déterminants qui transcendent les frontières nationales. Au niveau mondial, les facteurs structurels: pauvreté, inégalités de genre, manque d'accès à l'éducation et aux services de santé reproductive sont les moteurs sous-jacents des avortements non sécurisés. Les crises humanitaires et les conflits armés aggravent ces vulnérabilités en détruisant les infrastructures de santé, en déplaçant les populations, et en normalisant les violences sexuelles comme arme de guerre.
L'absence de données robustes dans les zones de conflit constitue un obstacle majeur à la conception d'interventions adaptées. L'OMS et le HCR ont souligné la nécessité impérieuse de renforcer la collecte de données sur la santé reproductive dans les crises humanitaires pour orienter les politiques de santé publique. Les études internationales montrent que dans les contextes de crise, les taux de violences sexuelles augmentent drastiquement, et avec eux, le nombre de grossesses non désirées. Cependant, les services de santé reproductive, y compris les soins d'avortement sécurisé, sont souvent les premiers à être dégradés ou interrompus dans ces contextes. Le « paquet minimum de services » en santé reproductive dans les crises humanitaires, recommandé par l'OMS, inclut explicitement les soins post-abortum et l'accès à l'avortement sécurisé dans les cas prévus par la loi, mais sa mise en œuvre reste très inégale.

En RDC, la problématique est exacerbée par le dualisme juridique entre le Protocole de Maputo (applicable depuis 2018) et le Code pénal de 1940 qui pénalise encore l'avortement. Cette incohérence légale crée un climat d'incertitude qui dissuade les prestataires de santé de pratiquer l'avortement légal et pousse les femmes vers des solutions clandestines.
La pauvreté endémique, le faible taux de scolarisation des filles, et la faible couverture des services de planification familiale créent un environnement propice aux grossesses non désirées. Selon l'étude PMA de Kinshasa (2021-2022), 27 % des femmes ayant avorté ont indiqué avoir utilisé plusieurs méthodes, et 16 % ont utilisé des comprimés pour un avortement médicamenteux obtenus en dehors d'une formation sanitaire. Le désir de confidentialité était la raison la plus courante pour se tourner vers une source traditionnelle ou une pharmacie (31 % et 24 % respectivement). Le manque de financement des programmes de lutte contre les violences basées sur le genre (seulement 23 % en 2025 contre 48 % en 2022) menace la pérennité des services essentiels pour les survivantes. Cette situation crée un cercle vicieux où les femmes, particulièrement les plus vulnérables, n'ont pas accès à l'information, aux contraceptifs, ni aux soins d'avortement sécurisé, les condamnant à des pratiques clandestines dangereuses.

À Goma, les déterminants de l'avortement sont particulièrement complexes. La pauvreté endémique, aggravée par l'insécurité et les déplacements, réduit les capacités des femmes à négocier des rapports sexuels protégés, à accéder à une contraception moderne, ou à faire face au coût d'une grossesse non planifiée. La stigmatisation sociale de la sexualité prémaritale et des grossesses hors mariage, particulièrement forte dans les communautés conservatrices, expose les jeunes filles célibataires à un risque majeur d'avortement clandestin, souvent avec la complicité de membres de la famille qui cherchent à « sauver l'honneur ».
Les violences sexuelles généralisées engendrent des grossesses non désirées chez des femmes de tous âges, qui perçoivent l'avortement comme la seule issue pour échapper à la honte, à la stigmatisation et à la charge d'un enfant né du viol. Une étude de l'International Medical Corps (IMC) dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu a documenté les perspectives communautaires sur les violences sexuelles basées sur le genre. Les participants ont identifié une vaste gamme de comportements comme entrant dans la définition de la VSBG : rapports sexuels forcés, mariage précoce, rapports sexuels transactionnels, violence conjugale, inégalité entre les genres. Les conséquences sur la santé identifiées incluaient les blessures physiques, la grossesse non désirée, la honte, les pensées suicidaires, et l'infection au VIH/SIDA. Un adolescent masculin de Bunyakiri déclarait : « Parfois elle est enceinte et elle ne veut pas de cet enfant. Elle en perd la tête. Elle peut avoir un avortement ou tuer son bébé quand il naît. Et d'autres de ces filles se suicident. » Une femme adulte de Walikale ajoutait : « C'est pourquoi cela peut provoquer la mort. Elle contracte de graves maladies après avoir été violée et finalement elle meurt. Elle peut même mourir du rejet de tous, de l'abandon de son mari et finalement elle préfère en finir avec sa vie. »
Ces témoignages illustrent la gravité des conséquences psycho-sociales des violences sexuelles et le rôle de l'avortement clandestin comme issue désespérée. L'étude de l'IMC a également révélé que la violence conjugale était perçue comme « chose normale entrant dans les mœurs », et qu'il existait une « culture du silence » entourant cette violence. Les facteurs sous-jacents identifiés incluaient la pauvreté, l'instabilité politique, la corruption répandue, et les normes sociales et culturelles. Les membres de la communauté exprimaient une méfiance envers le gouvernement et le système judiciaire, préférant régler les conflits à l'amiable. Cette impunité et ce manque de confiance dans les institutions renforcent la vulnérabilité des femmes et limitent leur accès aux services de santé reproductive.
Pour les avortements spontanés, les facteurs de risque sont également nombreux et souvent négligés. L'hyperendémie palustre de la région, avec des accès pernicieux fréquents chez les femmes enceintes, est une cause reconnue d'avortement spontané et de mort fœtale in utero. Le paludisme gestationnel est responsable de 20 % des morts-nés en Afrique subsaharienne. Les femmes enceintes infectées contractent le paludisme trois fois plus souvent que les autres femmes, et le parasite détruit les globules rouges, aggravant l'anémie déjà présente. Chaque année, plus de 10 000 décès maternels sont attribués à l'interaction entre le paludisme et l'anémie. En RDC, où la prévalence de l'anémie chez les femmes en âge de procréer est parmi les plus élevées d'Afrique, cette double menace constitue un facteur majeur d'avortement spontané.
La forte prévalence des infections génito-urinaires non traitées (vaginite bactérienne, gonocoque, chlamydia), la malnutrition carentielle (anémie, déficit en acide folique, en iode), et le manque de suivi prénatal précoce aggravent le tableau. L'absence d'un système de référencement fonctionnel entre les centres de santé périphériques et l'hôpital retarde la prise en charge des menaces d'avortement, transformant une situation évitable en urgence vitale.

Au niveau de l'hôpital HEAL AFRICA, la question centrale qui se pose est la suivante :
Dans le contexte spécifique de Goma, quels sont les facteurs sociodémographiques, obstétricaux, médicaux, psycho-sociaux et structurels qui favorisent la survenue des avortements (spontanés et provoqués) chez les femmes en âge de procréer prises en charge à l'hôpital HEAL AFRICA, et comment ces facteurs interagissent-ils pour conduire aux complications observées ?
Cette problématique vise à dépasser l'approche descriptive pour adopter une analyse intégrée des déterminants multiples de l'avortement. Elle interroge non seulement les caractéristiques individuelles des patientes (âge, statut matrimonial, niveau d'éducation, parité), mais aussi les facteurs médicaux (pathologies sous-jacentes, qualité des soins anténatals), psycho-sociaux (traumatismes liés aux violences, soutien familial, stigmatisation), et structurels (disponibilité des intrants, formation du personnel, accès aux services de planification familiale).
L'interaction de ces facteurs dans un contexte de crise humanitaire complexe constitue le cœur de l'analyse. Par exemple, une jeune fille déplacée, victime de violences sexuelles, sans éducation formelle, vivant dans un camp de déplacés sans accès aux contraceptifs, et souffrant d'anémie due au paludisme, présente une combinaison de facteurs de risque qui s'accumulent et s'amplifient mutuellement.
L'étude vise également à documenter les méthodes clandestines utilisées à Goma. À Kinshasa, l'étude Guttmacher (2016) a montré que 56 % des femmes ayant avorté utilisaient le misoprostol, mais que des méthodes dangereuses persistaient : objets tranchants, surdoses de quinine, méthodes traditionnelles à base de plantes. À Kisangani (2018), 61,9 % des avortements clandestins étaient réalisés avec du misoprostol, mais 63,5 % se déroulaient à domicile, sans supervision médicale. À Buta (Bas-Uélé, 2023-2024), une étude sur 75 cas d'IVG chez des élèves a révélé que 82,6 % présentaient des complications hémorragiques, et que 53 % avortaient par crainte de la réaction des parents. Ces données, bien que provenant d'autres régions de la RDC, suggèrent des patterns similaires à Goma et permettent de formuler des hypothèses sur les méthodes et complications attendues.
Avec pour objectif final de produire des recommandations opérationnelles pour améliorer la prévention et la prise en charge des avortements à Goma, l'étude pourra s'appuyer sur les bonnes pratiques documentées internationalement : le counseling systématique post-avortement (démontré au Burkina Faso et au Sénégal), la formation des prestataires (facteur clé identifié au Cameroun), et l'intégration des services de planification familiale dans les soins post-abortum. Elle pourra également contribuer au plaidoyer pour l'harmonisation du Code pénal avec le Protocole de Maputo, en fournissant des preuves contextuelles de l'impact de la restriction légale sur la santé des femmes.

Ainsi, la question centrale qui se pose est la suivante : Dans le contexte spécifique de Goma, quels sont les facteurs sociodémographiques, obstétricaux, médicaux, psycho-sociaux et structurels qui favorisent la survenue des avortements (spontanés et provoqués) chez les femmes en âge de procréer prises en charge à l’hôpital HEAL AFRICA, et comment ces facteurs interagissent-ils pour conduire aux complications observées ?

Plan provisoire

DECLARATION DE L’ETUDIANT
DECLARATION DU DIRECTEUR
ÉPIGRAPPHE
DÉDICACE
REMERCIEMENTS
SIGLE ET ABREVIATION
RÉSUMÉ
I.1 Information générale
I.2 PROBLEMATIQUE
I.3 QUESTION DE RECHERCHE
I.4 HYPOTHÈSES
I.5 OBJECTIFS
I.5.1 Objectifs générale
I.5.1 Objectifs spécifiques
I.6 Définitions de concepts
I.6 Choix et intérêt du sujet
I.7 Delimitation du sujet dans temps et dans l’espace
CHAP II. REVUE DE LA LITTÉRATURE SUR LA PRÉMATURITÉ
CHAP III : LA METHODOLOGIE
III.1. Milieu d'étude
III.2. Le type d'étude
III.3. La population d'étude
III.4. Les critères d'inclusion et d'exclusion
III.5. Échantillonnage
3.5.1. Le type d'échantillonnage
3.5.2. Détermination de la taille d'échantillon
III.6. Méthodes ; techniques et les outils de collecte de données
III.7. Saisie ; traitement et analyse des données
III.8. Considération éthique
III.9. Limite et difficultés rencontrées
CHAP.IV. PRESENTATION DES RESULTATS
CHAP.V. DISCUSSION DES RESULTATS
CONCLUSION ET SUGGESTION
REFERENCE BIBLIOGRAPHIQUE
ANNEXES

Hypothèses

Hypothèses
• Hypothèse principale : Dans le contexte de Goma, les avortements spontanés représentent plus de 60 % des cas d’avortement pris en charge à l’hôpital HEAL AFRICA, et leur survenue est fortement corrélée à l’absence d’utilisation de contraception moderne, au jeune âge, au infections à répétition, et à l’exposition aux violences sexuelles.
• Hypothèses secondaires :
1. Les femmes âgées de moins de 20 ans, nullipares ou célibataires, présentent un risque significativement plus élevé de recourir à un avortement provoqué par rapport aux femmes plus âgées, mariées ou multipares.
2. Un niveau d’instruction bas (primaire ou non scolarisée) et l’absence d’autonomie financière (sans emploi ou dépendante) sont associés à un risque accru d’avortement provoqué et de complications graves.
3. Les avortements spontanés sont significativement associés au paludisme gestationnel, aux infections génito-urinaires non traitées, à l’anémie sévère et aux antécédents d’avortement spontané.
4. Le recours tardif aux soins (plus de 24 heures après le début des symptômes) est un facteur prédictif majeur de complications sévères (sepsis, choc hémorragique) et de décès maternel.

Méthodes

1. Type d’étude
Il s'agit d'une étude descriptive et analytique rétrospective, portant sur les cas d’avortement diagnostiqués et pris en charge entre janvier 2025 et janvier 2026. Ce type d'étude convient pour évaluer la fréquence, les facteurs pronostiques et les modalités thérapeutiques à partir de données hospitalières existantes, sans intervention prospective.

2. Période et durée
L’étude couvre une année complète, de janvier 2025 a janvier 2026. Ce choix permet de capturer d’éventuelles variations saisonnières des pathologies favorisant les avortements (pic de paludisme, épidémies d’infections) et les fluctuations de l’activité hospitalière en contexte humanitaire. La phase de collecte active s’étend sur 12 mois ; une phase de nettoyage et d’analyse des données suivra.

3. Milieu d’étude
L’étude se déroule à l’Hôpital HEAL AFRICA, situé à Goma, province du Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo.
Structure de référence régionale, l’hôpital dispose d’un service complet de gynécologie-obstétrique (hospitalisation, urgences, bloc opératoire, échographie) et est un centre majeur de prise en charge des survivantes de violences sexuelles et des complications de la reproduction. Il accueille quotidiennement des patientes en situation d’avortement, réparties entre admissions directes et évacuations de centres de santé périphériques.

4. Population d’étude
La population d’étude est constituée de toutes les femmes en âge de procréer (15 à 49 ans) ayant été admises dans le service de gynécologie-obstétrique de l’Hôpital HEAL AFRICA pour un avortement, quel qu’en soit le type (spontané, provoqué, menace d’avortement, avortement inévitable, incomplet, complet ou septique), durant la période d’étude.

5. Population ciblée
La population cible correspond aux femmes répondant aux critères d’inclusion et prises en charge consécutivement au cours de la période d’étude. Il s’agit donc d’un recrutement exhaustif de tous les cas éligibles, sans tirage au sort.

6. Échantillonnage
Méthode : recrutement exhaustif non probabiliste de tous les cas consécutifs d’avortement répondant aux critères d’inclusion durant les 12 mois.
Compte tenu du flux attendu de patientes et de la durée de l’étude, un échantillon d’au moins 300 à 400 cas est anticipé, permettant des analyses bivariées et multivariées robustes. La taille finale sera conditionnée par l’activité réelle du service.

6.1. Critères d’inclusion
- Femme âgée de 15 à 49 ans révolus.
- Admise dans le service de gynécologie-obstétrique de HEAL AFRICA avec un diagnostic confirmé d’avortement, quel que soit le stade : menace, inévitable, incomplet, complet, septique.
- Consentement libre et éclairé de la patiente (ou de son représentant légal si mineure non émancipée).

6.2. Critères de non inclusion
- Grossesse extra-utérine, môle hydatiforme ou maladie trophoblastique.
- Patiente admise pour un accouchement à terme, un travail prématuré non compliqué d’avortement, ou une urgence gynécologique sans lien avec un avortement.
- État clinique rendant impossible le recueil des données (décès avant le premier entretien, sauf si les informations requises sont entièrement disponibles dans le dossier médical).

7. Récolte des données
Consultation du dossier médical (registres des urgences, dossier obstétrical, compte rendu opératoire, résultats biologiques et échographiques).
Variables collectées (conformément aux objectifs et paramètres) :
- Sociodémographiques : âge, état matrimonial, niveau d’instruction, profession, religion, milieu de résidence (urbain, périurbain, rural, camp de déplacés).
- Obstétrico-gynécologiques : parité, antécédents d’avortement, espacement inter-génésique, utilisation actuelle/passée de la contraception, suivi prénatal.
- Circonstances de l’avortement : origine de la décision (personnelle, familiale, partenaire), raison(s) invoquée(s) (grossesse non désirée, viol, pression familiale, difficultés économiques, échec contraceptif), méthode utilisée (misoprostol, curetage clandestin, plantes, objets tranchants, autres), lieu de la tentative, délai entre la tentative et l’admission.
- Facteurs médicaux associés (avortement spontané) : diagnostic de paludisme (confirmé par TDR ou GE), taux d’hémoglobine à l’admission, infections génito-urinaires documentées, état nutritionnel (IMC, signes de malnutrition), pathologies chroniques.
- Complications à l’admission : hémorragie, sepsis, perforation utérine, rétention placentaire, anémie sévère, choc, décès maternel.
- Prise en charge : aspiration manuelle intra-utérine (AMIU), curetage, antibiothérapie, transfusion sanguine, counseling contraceptif, méthode contraceptive fournie avant la sortie.

8. Traitement des données
- Analyse statistique : logiciel SPSS.
- Statistique descriptive : fréquences absolues et relatives pour les variables qualitatives ; moyennes ± écarts-types (ou médianes et intervalles interquartiles) pour les variables quantitatives. L’incidence mensuelle et la proportion des avortements parmi les admissions gynécologiques seront présentées sous forme de séries temporelles.
- Analyse bivariée : comparaison des groupes « avortement spontané » vs « avortement provoqué » par test du Chi-carré (ou test exact de Fisher) pour les variables catégorielles, et test t de Student (ou Mann-Whitney) pour les variables continues. Les associations avec les complications sévères seront également explorées.
- Analyse multivariée : régression logistique binaire pour identifier les facteurs indépendamment associés au type d’avortement et à la survenue de complications majeures.

9. Cadre conceptuel
Le cadre conceptuel adopté est un modèle écologique modifié, adapté de celui de l’OMS pour les déterminants de la santé maternelle. Il postule que la survenue et l’issue d’un avortement résultent de l’interaction dynamique de quatre niveaux de facteurs :
1. Facteurs individuels : âge, parité, antécédents, état nutritionnel, pathologies préexistantes (paludisme, anémie, IST), autonomie décisionnelle.
2. Facteurs interpersonnels et familiaux : statut matrimonial, soutien du partenaire, violences conjugales/sexuelles, pressions familiales.
3. Facteurs communautaires et structurels : niveau d’éducation, accès à l’information, stigmatisation, accessibilité géographique et financière des contraceptifs et des soins, statut de déplacée.
4. Facteurs liés au système de santé et au contexte sécuritaire : disponibilité des intrants, formation des prestataires, respect du Protocole de Maputo, insécurité, destruction des services de santé.

Ces facteurs influencent à la fois la probabilité d’un avortement spontané (par le biais des comorbidités et de la qualité du suivi prénatal) et d’un avortement provoqué (par le biais des grossesses non désirées et de l’accès aux services sécurisés). Ils conditionnent également le délai de recours aux soins et donc la gravité des complications.

10. Cadre opérationnel
Les principales variables sont opérationnalisées comme suit :
- Avortement : toute expulsion ou extraction d’un produit de conception avant 28 semaines d’aménorrhée (selon la définition nationale) ou avec un poids fœtal < 1000 g.
- Avortement spontané : avortement survenu sans intervention externe délibérée, confirmé par l’anamnèse et l’examen clinique/échographique.
- Avortement provoqué : avortement résultant d’une intervention volontaire (médicamenteuse, instrumentale ou traditionnelle), déclaré par la patiente ou fortement suspecté sur la base de l’examen clinique (lésions cervicales, corps étranger) en l’absence d’autre cause évidente.
- Adolescente : âge < 20 ans.
- Faible niveau d’instruction : jamais scolarisée ou niveau primaire non achevé.
- Complication sévère : hémorragie nécessitant une transfusion, sepsis, perforation utérine, choc septique ou hémorragique, décès.
- Recours tardif aux soins : délai supérieur à 24 heures entre l’apparition des signes (saignements, douleurs, fièvre) et l’admission à HEAL AFRICA.
- Conseil contraceptif complet : information délivrée sur au moins trois méthodes modernes, choix éclairé de la patiente, et fourniture ou prescription d’une méthode avant la sortie.

11. Paramètres d’étude
Les paramètres étudiés se répartissent en:
- Paramètres de fréquence : incidence mensuelle des avortements, proportion parmi les urgences gynécologiques.
- Paramètres sociodémographiques : âge, état civil, niveau d’étude, profession, religion, milieu de vie.
- Paramètres obstétricaux et contraceptifs : gestité, parité, antécédents d’avortement, intervalle inter-génésique, utilisation antérieure et actuelle de la contraception, type de méthode.
- Paramètres cliniques et médicaux : statut palustre, taux d’hémoglobine, présence d’IST, état nutritionnel.
- Paramètres contextuels pour les avortements provoqués : raison déclarée (viol, difficultés économiques, célibat, etc.), méthode utilisée, auteur de l’avortement, délai de recours.
- Paramètres de morbi-mortalité : type et gravité des complications, létalité, séjour hospitalier.
- Paramètres de qualité des soins : technique de prise en charge (AMIU, curetage), antibiothérapie, transfusion, counseling contraceptif, méthode contraceptive fournie, référencement pour soutien psychosocial.

12. Considérations éthiques et déontologie
· Autorisations : protocole soumis à l’approbation du Comité d’Éthique Médicale de l’Hôpital HEAL AFRICA. Une note d’information sera adressée à la direction médicale.
· Confidentialité : La base de données sera sécurisée par mot de passe. Aucun nom ne figurera dans les publications.
· Respect du cadre légal : l’étude s’inscrit dans le strict respect du Protocole de Maputo et de la circulaire constitutionnelle congolaise ; elle ne conduira en aucun cas à un signalement judiciaire des patientes ou des prestataires.

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