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Détails du sujet

Étude transversale sur l’ochronose exogène induite par l’utilisation de produits cosmétiques


Résumé


Auteur : MUZALIWA MASSUPA
Niveau: L2
Département: Medecine Humaine
Année Ac: 2024-2025 , | 2025-08-23 13:53:30

Mots clés

Ochronose, prévalence, cosmétiques

Intérêt

Plusieurs raisons nous ont poussés à nous intéresser du sujet ‘’L ' Ochronose exogène induite par les produits cosmétiques à l’HGR de Goma"
Une étude transversale sur l’ochronose exogène induite par les produits cosmétiques permet d’estimer la fréquence de cette affection dans une population donnée et d’identifier les caractéristiques cliniques et sociodémographiques des personnes atteintes. Elle contribue également à mettre en évidence les facteurs associés à l’utilisation des produits dépigmentants (durée, concentration, habitudes cosmétiques, phototype) et à mieux documenter les conséquences dermatologiques liées à ces pratiques.
Sur le plan de la santé publique, une telle étude offre des données utiles pour sensibiliser la population, alerter les professionnels de santé et renforcer la réglementation concernant la mise en vente et l’utilisation de produits dépigmentants à risque.

Problématique

L’ochronose exogène (OE) est une hyperpigmentation cutanée acquise, localisée dans les zones d’application prolongée(parfois dès 3 mois) de produits dépigmentants à base d’hydroquinone, notamment à forte concentration ou en usage non médicalisé. Elle se caractérise par une coloration gris‑brun à bleu‑noir, souvent irréversible. (1)
Cette affection est considérée comme rare, mais peut survenir sur tous les types de peau. Elle apparaît généralement de manière symétrique dans les zones exposées au soleil, en particulier sur les proéminences osseuses. Cliniquement, l'ochronose exogène se manifeste par des macules ou des papules gris-bleu sur les zones photoexposées du visage et du cou (5 ).
Les symptômes apparaissent parfois après seulement quelques mois d’application, même à faible concentration (≤ 2 %) : l’hydroquinone inhiberait l’enzyme homogentisate oxydase, entraînant l’accumulation de pigments ochronotiques en dermis. En dehors de l'hydroquinone d'autres substances susceptibles d’aggraver le risque tels que : résorcinol, phénol, mercure, antipaludéens, etc.(2).
L'ochronose exogène peut être classée en trois stades, comme l'ont souligné Dogliotti et Leibowitz. Le stade I implique un érythème et une légère hyperpigmentation ; le stade II implique une hyperpigmentation, des miliums colloïdes noirs (lésions en forme de caviar) et une atrophie ; le stade III est caractérisé par des lésions papulo-nodulaires. Cette classification facilite le suivi de la progression de la maladie et des résultats du traitement. Bien que la plupart des patients atteints présentent des phototypes Fitzpatrick III à VI, une ochronose exogène doit néanmoins être envisagée chez les personnes présentant des phototypes I à II si les signes cliniques sont présents (3).
Dans l'ochronose exogène, la dermoscopie révèle des structures denses, brun-noir et bleu-gris, classées comme globulaires, annulaires ou arciformes, et parfois curvilignes ou vermiformes. Ces structures correspondent à des dépôts ocres en forme de banane observés dans le derme supérieur à l'examen histopathologique. De plus, la dermoscopie peut montrer des ouvertures folliculaires oblitérées, des zones dispersées et sans structure, ainsi que des télangiectasies (5 ). Pour cette affection,La biopsie est l'examen de référence.
Malgré une incidence modeste dans certaines zones hospitalières, l’usage de ces produits est répandu notamment en Afrique, où entre 25 % et 80 % des femmes recourent aux éclaircissants cutanés.La Prévalence est élevée chez les personnes à phototype, avec une durée d’exposition médiane dépassant les 9 années , notamment en Afrique du Sud,Une enquête menée en hôpitaux sud-africains a révélé que 15 % des hommes et 42 % des femmes présentaient une ochronose exogène(9). Principalement les femmes adultes, particulièrement de phototypes foncés (Afrique subsaharienne, populations noires sud-africaines) .L'affection semble beaucoup plus rare chez les Afro-américains, comme en atteste les 25 cas rapportés par Lazar et al. sur une période de 10 ans.(3).
Par ailleurs, il est important de noter que l'ochronose exogène n'est pas l'apanage des sujets ayant la peau foncée. Des cas ont été également rapportés chez les Hispaniques et même chez les Asiatiques pratiquant la dépigmentation cosmétique ou utilisant l'hydroquinone à des fins thérapeutiques .Les produits contenant de l’hydroquinone sont souvent disponibles sans prescription, favorisant une exposition non contrôlée.
À Abidjan, une série clinique a documenté un taux de prévalence de 0,94 % d’ochronose chez les utilisateurs de dépigmentants à base d’hydroquinone, soulignant l’ampleur du problème → lié à la facilité d’accès aux produits et à des campagnes de publicité trompeuses .Comparativement à d'autres régions africaines telles que la côte d'ivoire, la prévalence pour le Nigéria est à 1,35 %, Ghana : 0,88 % ,Mali : plus élevé à 3,80 % .(8).
Une étude menée à Dakar (Sénégal) apporte des données épidémiologiques précises :47 femmes ont été diagnostiquées avec une ochronose exogène ; l’âge moyen était de 43,5 ans.La quasi-totalité (93,6 %) utilisaient des produits éclaircissants à base d’hydroquinone(4).
En RDC, aucune publication ou étude scientifique n'a traité spécifiquement de cas . Toutefois, considérant les pratiques similaires observées à Dakar et ailleurs notamment l’usage prolongé de produits éclaircissants , il est possible que la RDC soit concernée par une problématique analogue.
Une exposition prolongée aux produits dépigmentants peut engendrer des complications très sévères, allant au-delà de l’ochronose : infection fongique résistante, acné stéroïdienne, stries et même cancer de la peau—cas mortels signalés en Afrique, liés à l’éducation baisée sur la beauté, le manque de régulation et la vulnérabilité des populations.
A ce jour, aucun traitement n’est pleinement satisfaisant : les thérapies disponibles (lasers, dermabrasion, peeling chimique, etc.) produisent des résultats variables, souvent lents et partiels. Des approches innovantes telles que la vitamine C intradermique donnent des espoirs récents, mais manquent toujours de validation dans des cohortes larges.(6).

Malgré une meilleure compréhension clinique de l’ochronose exogène, le diagnostic reste souvent tardif, retardant l’arrêt des produits dépigmentants et aggravant les lésions. Une étude de 2025, menée par l’International Dermoscopy Society, montre qu’une identification dermoscopique précoce — via l'oblitération folliculaire, les zones pigmentées ou les structures arciformes — pourrait améliorer significativement la détection et la prise en charge de l’ochronose exogène chez les personnes à peau foncée"( 7)
Suite à cette situation, on se pose les questions suivantes :
- Quelle serait la fréquence de l' ochronose exogène chez les personnes applicant les produits cosmétiques eclaircissant consultant à l’HGR de Goma ?
- Y a-t-il des caractéristiques sociodémographiques et autres facteurs favorisant l' ochronose exogène ?
- Quelles approches diagnostiques et thérapeutiques récentes permettent d’en améliorer la prise en charge ?"

Plan provisoire

Hormis l’introduction et la conclusion, notre travail comprend 4 chapitres :
Chapitre I : Généralités sur l'Ochronose exogène induite par les produits cosmétiques.
Chapitre II : Matériels et méthodes.
Chapitre III : Résultats.
Chapitre IV : Discussion.

Hypothèses

Pour nous permettre de bien aborder notre sujet et répondre aux questions d’études, nous avons émis les hypothèses suivantes :
1. La prévalence de l’ochronose exogène est plus élevée chez les sujets utilisant des crèmes dépigmentantes contenant de l’hydroquinone par rapport à ceux n’en utilisant pas.
2. L’âge, le sexe, la profession, l’utilisation prolongée (> 3 mois) de produits dépigmentants est associée à une augmentation significative du risque d’ochronose exogène.

Méthodes

Il s’agit d’une étude transversale, réalisée à l’HGR de Goma entre le 1 Janvier 2024 au 31 Décembre 2025 La population d’étude était constituée de toutes les personnes vivantes ayant l'Ochronose exogène induite par les produits cosmétiques comme diagnostic dans le service de dermatologie de l’HGR debGoma durant la période d’étude. Pour chaque patient, nous avons recueilli les données épidémiologiques (âge, sexe, profession, statut matrimonial et lieu de résidence) ; et l’évolution du patient.
Le recueil des données fait parti du registre d’hospitalisation et les données médicaux. La fiche d’enquête était anonyme et confidentielle.

Bibliographie

1.Viviane Maria Rocha Martins et al. An Bras Dermatol, Ochronose exogène : rapport de cas et revue de la littérature , 2012 juil.-août .
2.Ishack S, Lipner SR. Ochronose exogène associée à l'hydroquinone : une revue systématique. Int J Dermatol. 2022 ; 61 : 675-84.
3.Lazar M, De La Garza H, Vashi NA. Ochronose exogène : caractérisation d'une maladie rare chez les personnes de couleur. J Clin Med. 2023 ; 12 : 4341.
4.Seck B, Ndiaye MT, Diatta BA, Diop A, Diadie S, Ndiaye M, Ly F, Niang SO, Diallo M. Ochronose exogène associée au blanchiment cosmétique de la peau à Dakar : aspects épidémiologiques, anatomocliniques et dermoscopiques. Notre revue Dermatol Online. 2025;16(Supp. 1):1
5. Khunger N, Kandhari R. Critères dermoscopiques pour différencier l'ochronose exogène du mélasma. Indian J Dermatol Venereol Leprol. 2013 ; 79 : 819.
6.Intradermal vitamin C : A new paradigm in the treatment of exogenous ochronosis ,2024.
7.Clinical and Dermoscopic characteristics of Exogenous ochronosis: Results of a multicenter study by the International Dermoscopy Society Task Force on "Imaging in Skin of Color"
7.Kramer KE, Lopez A, Stefanato CM, Phillips TJ. Ochronose exogène. J Suis Acad Dermatol. 2000;42 : 869-71.
8..Berline SO, Ma Linwa EM, Abdoulaye S. Dermatoses prévalentes pendant la crise post-électorale en Côte d'Ivoire. Notre revue Dermatol Online. 2023;14(1):29-34.
9.Hardwick N, Van Gelder LW, Van der Merwe CA, Van der Merwe MP. Exogenous ochronosis: an epidemiological study. Br J Dermatol. 1989;120(2):229-38.

Directeur & Encadreur

Directeur: Dr Kangitsi Dr KANGITSI
Encadreur: Dr NGOLO Dr NGOLO

Status

Décision ou observation:
Feu vert:
Déposé : NON
Défendu: NON
Finalisé: NON